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Catastrophe ferroviaire d'Eséka : 10 ans après, 79 morts, plus de 500 blessés et des familles toujours en quête de justice

Le 21 octobre 2026 marque les dix ans de la catastrophe ferroviaire d'Eséka, l'un des drames les plus meurtriers de l'histoire du Cameroun. Le déraillement du train Intercity 152, qui reliait Yaoundé à Douala, avait provoqué la mort de 79 personnes et fait plus de 500 blessés. Une décennie plus tard, les témoignages des survivants révèlent des séquelles profondes, tandis que certaines familles attendent toujours des réponses, des indemnisations et la tenue du procès en appel.

NS DIGITAL SERVICES · 21 octobre 2026 · 8 min de lecture

Les wagons renversés du train qui a déraillé à Eseka, à une centaine de kilomètres de Yaoundé, au Cameroun, le 21 octobre 2016. AP - Joel Kouam
Catastrophe ferroviaire d'Eséka : 10 ans après, 79 morts, plus de 500 blessés et des familles toujours en quête de justice

Ce mercredi 21 octobre 2026, le Cameroun se souvient de l'une des journées les plus tragiques de son histoire ferroviaire. Dix ans après le déraillement du train Intercity 152 à Eséka, dans la région du Centre, le bilan de 79 morts et de plus de 500 blessés reste gravé dans les mémoires. Pour de nombreuses familles, le temps n'a effacé ni les douleurs ni les interrogations.

Au-delà de la commémoration, ce dixième anniversaire remet au premier plan les responsabilités établies après l'accident, les difficultés rencontrées par les victimes et les procédures judiciaires qui n'ont toujours pas abouti.

21 octobre 2016 : un voyage entre Yaoundé et Douala qui tourne au drame

Le vendredi 21 octobre 2016, de nombreux voyageurs cherchent à rejoindre Douala depuis Yaoundé, alors que la circulation routière entre les deux grandes villes camerounaises est fortement perturbée.

Face à cette demande exceptionnelle, des wagons supplémentaires sont ajoutés au train Intercity numéro 152 exploité par Camrail.

Mais au cours du trajet, le convoi déraille à hauteur de la commune d'Eséka, située à une centaine de kilomètres de Yaoundé.

Plusieurs voitures se renversent, transformant ce déplacement en une catastrophe humaine majeure.

Le bilan retenu dans le reportage publié par RFI le 21 octobre 2026 est de 79 personnes décédées et de plus de 500 blessés.

79 morts et plus de 500 blessés : une tragédie nationale

Le déraillement d'Eséka reste considéré comme la plus grave catastrophe ferroviaire connue au Cameroun.

Au-delà des chiffres, le drame a bouleversé des centaines de familles, dont certaines continuent de vivre avec les conséquences physiques, psychologiques et économiques de l'accident.

Des survivants ont subi des fractures, des traumatismes et des handicaps durables. D'autres ont perdu des proches sans avoir pu obtenir toutes les réponses sur les circonstances de leur disparition.

Dix ans après, la catastrophe demeure un sujet de mémoire collective, mais également de responsabilité publique et de justice.

Dix ans après, des survivants racontent des séquelles toujours présentes

Dans son reportage publié à l'occasion de ce dixième anniversaire, Radio France Internationale donne la parole à plusieurs personnes directement touchées par la catastrophe.

Arnaud, qui se trouvait dans l'un des derniers wagons, raconte avoir repris connaissance au milieu des débris et découvert l'ampleur des pertes humaines autour de lui.

Son témoignage rappelle la violence du choc et la situation vécue par les passagers immédiatement après le déraillement.

Eugénie, aujourd'hui âgée de 39 ans selon RFI, fait également partie des survivantes interrogées.

Victime de plusieurs fractures, notamment au niveau du cou, elle explique continuer à souffrir de douleurs importantes, de troubles de mémoire et d'une perte d'autonomie.

Son quotidien nécessite toujours l'assistance d'autres personnes.

Ces témoignages montrent que les conséquences de l'accident ne se limitent pas au bilan établi en 2016 : pour certaines victimes, elles se prolongent chaque jour.

Le cas de Dorette Dissakè : une famille toujours à la recherche de réponses

Parmi les situations les plus douloureuses figure celle de Dorette Dissakè, une notaire connue à Yaoundé, dont le corps n'a jamais été retrouvé après la catastrophe, selon RFI.

Son époux, l'avocat Thomas Dissakè, poursuit ses démarches pour comprendre ce qui lui est arrivé.

Le reportage indique qu'il a récemment mobilisé une équipe d'experts, avec le concours de Camrail et du ministère des Transports, afin d'effectuer des recherches dans le sol d'Eséka.

La famille avait également entrepris d'autres vérifications, dont l'exhumation d'une dépouille, sans obtenir les réponses espérées.

Dix ans après les faits, l'absence de dépouille et de certitude continue de rendre le deuil particulièrement difficile.

Que révèle le rapport d'enquête sur les causes du déraillement ?

En mai 2017, les conclusions d'une commission d'enquête ont mis en évidence plusieurs facteurs ayant contribué à l'accident.

Selon les éléments rappelés par RFI, le train circulait à environ 96 km/h sur une portion où la vitesse était limitée à 40 km/h.

Le rapport évoquait également une accumulation de défaillances techniques et organisationnelles.

Parmi les problèmes relevés figuraient :

  • Une vitesse excessive sur la portion concernée ;
  • Une surcharge du convoi ;
  • L'ajout inapproprié de wagons à la rame ;
  • Des anomalies touchant les systèmes de freinage de certains wagons ;
  • Des réserves formulées par le conducteur avant le départ qui n'auraient pas été prises en compte par sa hiérarchie.

Ces conclusions ont alimenté les procédures judiciaires engagées après la catastrophe.

Procès de 2018 : Camrail et onze employés reconnus coupables

Le 26 septembre 2018, le tribunal de première instance d'Eséka a rendu son jugement dans cette affaire.

Selon RFI, Camrail et onze de ses employés ont été reconnus coupables d'homicide et de blessures involontaires.

L'ancien directeur général de l'entreprise a été condamné à six mois de prison avec sursis.

D'autres responsables ont écopé de peines allant de trois à cinq mois de prison avec sursis.

Le conducteur du train, présenté comme étant en fuite au moment du procès, a été condamné à cinq ans de prison ferme.

Ce jugement n'a cependant pas mis fin aux contestations.

Camrail a interjeté appel, contestant notamment la qualité de l'expertise ayant servi à l'examen du dossier.

De leur côté, des représentants des victimes ont estimé que les indemnisations prononcées ne correspondaient pas à l'ampleur des préjudices subis.

Pourquoi le procès en appel n'a-t-il toujours pas eu lieu ?

Dix ans après l'accident et huit ans après le jugement de première instance, la procédure d'appel demeure une préoccupation majeure.

Selon le reportage publié par RFI le 21 octobre 2026, le procès en appel n'a toujours pas eu lieu.

La source ne précise pas les raisons procédurales exactes de ce délai.

Cette situation entretient l'attente des victimes et de leurs familles, qui espèrent obtenir une décision judiciaire permettant de clarifier les responsabilités et les réparations.

Il convient de distinguer les condamnations prononcées en première instance de l'issue définitive d'une procédure ayant fait l'objet d'un recours.

Indemnisations : des familles dénoncent des réparations insuffisantes

La question des indemnisations reste également sensible.

Les avocats de certaines victimes ont dénoncé des montants jugés trop faibles au regard des blessures, des handicaps, des pertes de revenus et des conséquences psychologiques.

RFI rapporte également que certaines indemnisations n'auraient toujours pas été versées.

Le reportage ne fournit toutefois pas de bilan exhaustif des sommes effectivement payées ni du nombre exact de dossiers encore en attente.

Cette absence de données complètes ne permet pas de dresser un état financier définitif des réparations accordées aux victimes.

Camrail : une concession ferroviaire passée du groupe Bolloré à MSC

Au moment de la catastrophe, Camrail était une filiale du groupe Bolloré.

Le groupe a conservé ses activités ferroviaires jusqu'à la cession de ses activités de transport et de logistique en Afrique au groupe MSC en 2022.

Cette évolution de l'actionnariat n'efface pas les questions judiciaires et humaines liées à l'accident de 2016.

Pour les victimes, l'enjeu reste notamment d'obtenir une clarification des responsabilités et des réponses sur les réparations.

Les grandes dates de la catastrophe ferroviaire d'Eséka

  • 21 octobre 2016 : déraillement du train Intercity 152 reliant Yaoundé à Douala, à hauteur d'Eséka.
  • 2016 : bilan de 79 morts et de plus de 500 blessés.
  • Mai 2017 : publication des conclusions de la commission d'enquête sur les causes de l'accident.
  • 26 septembre 2018 : jugement de première instance condamnant Camrail et onze employés.
  • 2022 : cession des activités africaines de transport et de logistique de Bolloré au groupe MSC.
  • 21 octobre 2026 : dixième anniversaire de la catastrophe ; selon RFI, le procès en appel n'a toujours pas eu lieu.

Dix ans après Eséka, quels enseignements pour la sécurité ferroviaire ?

La catastrophe d'Eséka rappelle l'importance des contrôles techniques, de la gestion des capacités de transport et du respect des limitations de vitesse.

Elle souligne également la nécessité de prendre en compte les alertes des professionnels chargés de l'exploitation des trains.

La sécurité ferroviaire dépend de plusieurs éléments complémentaires : entretien du matériel roulant, fiabilité des systèmes de freinage, formation des équipes, contrôle des opérations et respect des procédures.

Les informations fournies par RFI ne permettent cependant pas d'établir un bilan complet des mesures de sécurité adoptées depuis 2016 ni de leur efficacité actuelle.

Conclusion : dix ans de mémoire, de douleur et d'attente

Le 21 octobre 2026 ne marque pas seulement le dixième anniversaire d'un accident ferroviaire.

Cette date rappelle la disparition de 79 personnes, les blessures de centaines de voyageurs et les séquelles durables supportées par de nombreuses familles.

Elle met aussi en lumière des interrogations encore présentes concernant les disparus, les indemnisations et la procédure judiciaire.

Dix ans après Eséka, le devoir de mémoire s'accompagne ainsi d'une attente persistante de vérité, de justice et de garanties pour la sécurité des voyageurs.

Sources

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