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Entrepreneuriat

Cacao camerounais : les petits producteurs face au défi européen

L’Europe reste un débouché majeur pour le cacao camerounais. Mais les nouvelles règles européennes contre la déforestation imposent davantage de traçabilité aux chaînes d’approvisionnement. À quelques mois des premières échéances, les petits producteurs s’inquiètent du coût de cette transition, alors que les prix du cacao ont reculé par rapport aux sommets observés entre 2023 et 2025.

NS DIGITAL SERVICES · 1 octobre 2026 · 7 min de lecture

Pour continuer à accéder au marché européen, la filière cacao camerounaise doit accélérer sa transformation. À partir du 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs, puis du 30 juin 2027 pour la plupart des micro et petits opérateurs, les nouvelles exigences européennes contre la déforestation entreront pleinement en application.

Pour le Cameroun, l'enjeu est considérable.

Selon les données citées par RFI à partir de l'Institut européen de la forêt, 56 % de la production camerounaise de cacao était destinée à l'Union européenne en 2023.

La capacité de la filière à démontrer l'origine de son cacao devient donc non seulement une question environnementale, mais aussi un enjeu commercial majeur.

Que demande réellement l'Union européenne ?

Le règlement européen sur les produits exempts de déforestation, généralement appelé EUDR, concerne sept grandes matières premières : le cacao, le café, le soja, l'huile de palme, le caoutchouc, le bois et les bovins, ainsi qu'un ensemble de produits qui en sont dérivés.

Son objectif est de réduire la contribution de la consommation européenne à la déforestation et à la dégradation des forêts.

Pour les produits concernés mis sur le marché européen, les opérateurs doivent notamment pouvoir démontrer qu'ils sont exempts de déforestation et qu'ils ont été produits conformément à la législation applicable dans le pays de production.

La traçabilité devient donc centrale.

Il faut pouvoir remonter jusqu'aux parcelles où les matières premières ont été produites. Les coordonnées géographiques des parcelles font partie des informations utilisées dans le dispositif européen de diligence raisonnée.

Pour une chaîne d'approvisionnement organisée et déjà numérisée, cette adaptation peut représenter un important travail administratif et technique.

Pour un petit producteur travaillant avec peu de moyens, le défi peut être encore plus important.

Au Cameroun, les producteurs craignent surtout le coût de l'adaptation

À Batchenga, dans le département de la Lékié, région du Centre, Simon Pierre Bita Eyebe produit du cacao et dirige également la Société coopérative des producteurs de cacao de Batchenga.

Interrogé par RFI, il estime que les producteurs devront adapter certaines de leurs pratiques, notamment lorsqu'il s'agit de développer la production en dehors de zones forestières.

« Il faut des variétés qui s'adaptent à la jachère, des variétés qui s'adaptent à la savane. » — Simon Pierre Bita Eyebe, cité par RFI

Il évoque également la nécessité d'utiliser davantage d'engrais organiques et d'arbres d'ombrage.

Mais toutes ces adaptations ont un coût.

Et c'est précisément là que se situe une partie de l'inquiétude des petits producteurs : qui financera la transition vers une production répondant aux nouvelles exigences du marché européen ?

Le calendrier se rapproche

L'Union européenne a déjà repoussé l'application de son règlement afin de donner davantage de temps aux entreprises et aux chaînes d'approvisionnement pour se préparer.

Le calendrier actuellement fixé prévoit une application à partir du :

  • 30 décembre 2026 pour les grands et moyens opérateurs ;
  • 30 juin 2027 pour la plupart des micro et petits opérateurs.

Pour la filière camerounaise, ce délai supplémentaire représente donc une période de préparation stratégique.

Il faut identifier les parcelles, améliorer les systèmes de traçabilité, organiser les données, accompagner les coopératives et producteurs et permettre aux opérateurs exportant vers l'Europe de disposer des informations nécessaires.

Une cargaison de cacao ne pourra plus être seulement identifiée par son origine nationale

L'un des changements importants apportés par le règlement européen concerne la précision de la traçabilité.

Dire simplement qu'un cacao vient du Cameroun ne suffit pas à répondre aux exigences du dispositif.

La chaîne d'approvisionnement doit permettre de remonter vers les zones de production concernées.

Pour les producteurs, coopératives, négociants et exportateurs, cela implique une organisation beaucoup plus précise des informations circulant avec le cacao.

À terme, la capacité à connaître l'origine d'une cargaison peut donc devenir aussi stratégique que sa qualité physique.

Le défi arrive alors que les prix ont reculé

Cette transformation intervient dans un contexte économique moins favorable pour certains producteurs.

Après les niveaux historiquement élevés observés entre 2023 et 2025, RFI rapporte qu'en septembre 2026, le cacao se négocie autour de 2 500 FCFA le kilogramme au Cameroun.

Pour Simon Pierre Bita Eyebe, ce niveau devient difficile à supporter compte tenu des dépenses nécessaires à l'entretien d'une plantation.

La production ne se limite pas à la récolte.

Il faut entretenir et tailler les cacaoyers, récolter les cabosses, les ouvrir, fermenter les fèves puis les sécher avant leur commercialisation.

À ces dépenses traditionnelles pourraient maintenant s'ajouter celles liées à l'adaptation, à l'organisation des parcelles et à la traçabilité.

Qui doit supporter le coût du cacao durable ?

C'est l'une des principales questions soulevées par cette transition.

Pour Justin Kamga, de l'ONG camerounaise FODER, la charge ne devrait pas reposer uniquement sur le producteur situé au début de la chaîne.

La filière comprend en effet plusieurs acteurs : producteurs, coopératives, intermédiaires, exportateurs, transformateurs et acheteurs.

Selon lui, le coût nécessaire pour adapter la production aux nouvelles exigences devrait donc être considéré à l'échelle de l'ensemble de la chaîne.

Cette question est d'autant plus importante que les petits producteurs ne disposent pas nécessairement seuls des ressources financières, techniques ou numériques nécessaires pour mettre en place de nouveaux systèmes de traçabilité.

Le Cameroun veut pourtant produire davantage de cacao

Cette transformation intervient également alors que le Cameroun affiche des ambitions importantes pour sa filière cacao.

Selon RFI, le gouvernement ambitionne, dans son plan cacao, de doubler la production nationale à l'horizon 2030.

Deux objectifs doivent donc avancer simultanément :

augmenter la production et préserver l'accès aux marchés internationaux, notamment européen.

Mais produire davantage sans disposer d'un système capable de démontrer l'origine du cacao pourrait limiter les débouchés commerciaux.

La croissance de la production devra donc également s'accompagner d'une amélioration de la traçabilité et de l'organisation des chaînes d'approvisionnement.

La traçabilité pourrait aussi devenir un avantage commercial

Les nouvelles règles sont souvent perçues uniquement comme une contrainte.

Mais pour les producteurs et organisations capables de démontrer clairement l'origine et les conditions de production de leur cacao, la traçabilité peut également devenir un élément de différenciation.

Un cacao dont l'origine est documentée peut faciliter les relations avec des acheteurs internationaux soumis à des obligations réglementaires croissantes.

À condition toutefois que les petits producteurs puissent accéder aux outils, à la formation et à l'accompagnement nécessaires.

Sans cet accompagnement, le risque serait de créer une filière à deux vitesses : d'un côté les producteurs suffisamment organisés pour répondre aux exigences internationales, et de l'autre ceux qui rencontrent davantage de difficultés à documenter leur production.

Une échéance qui dépasse la seule question environnementale

Pour le Cameroun, le règlement européen contre la déforestation dépasse donc la seule protection des forêts.

Il touche directement à la compétitivité du cacao camerounais, à l'organisation des coopératives, à la numérisation des données agricoles et aux revenus de milliers de producteurs.

Les prochains mois seront déterminants pour préparer les différents acteurs de la filière.

La question n'est plus seulement de produire du cacao de qualité. Il faudra aussi être capable de démontrer précisément d'où il vient et dans quelles conditions il a été produit.

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Sources et références

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